
ÉDITORIAL. Les Confédérés devront dire le 14 juin s’ils souhaitent limiter la population helvétique à 10 millions d’habitants. Il serait dangereux de sous-estimer les chances de succès d’un texte présenté sans contre-projet
Une véritable bombe à retardement. Voilà à quoi s’apparente, pour l’économie, l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions» sur laquelle les citoyens seront appelés à se prononcer le 14 juin, comme l’a confirmé le Conseil fédéral ce mercredi.
Le texte déposé par l’UDC est jugé à juste titre dangereux pour la prospérité helvétique, qui s’est nourrie de l’immigration. Pour le meilleur, bien souvent, avec la contribution à la construction de nos barrages, de nos routes et de nos tunnels, sans compter les innombrables fleurons économiques qui n’auraient pas vu le jour sans l’arrivée en Suisse d’un Nicolas Hayek ou d’un Henri Nestlé à l’esprit entreprenant.
Ce qui vaut pour l’Histoire s’applique aussi au présent: des EMS aux grandes entreprises, en passant par les restaurants, les banques ou les hôpitaux, aucun secteur ne tourne aujourd’hui sans l’aide de la main-d’œuvre étrangère. Sur fond de vieillissement démographique, les besoins sont énormes et ne peuvent être satisfaits par la population indigène. Des pénuries de personnel aux trous dans les assurances sociales, le prix d’une limitation de la croissance démographique s’annonce dès lors colossal.
Des précédents inquiétants
La liste des conséquences néfastes pourrait transformer ce scrutin en formalité. Il n’en sera rien. Dans un pays dans lequel se loger relève de plus en plus du parcours du combattant, le texte séduit bien au-delà des rangs de l’UDC. Raison pour laquelle Le Centre a plaidé en décembre pour la proposition d’un contre-projet.
En vain. Ses propositions ont été balayées par la gauche mais aussi par le PLR. Que les propositions centristes n’aient pas trouvé grâce aux yeux du parti censé représenter les intérêts de l’économie est admissible. On ne peut en revanche que déplorer qu’il n’en ait pas émis de son côté, préférant partir au combat sans couverture, la fleur au fusil.
Nul besoin de remonter loin dans le temps pour voir à quel point cette stratégie est risquée. L’acceptation en 2014 de l’initiative contre l’immigration de masse rappelle à quel point le sujet répond à des préoccupations populaires alors que le plébiscite en 2024 de la 13e rente AVS à laquelle la droite avait refusé d’opposer un contre-projet nous renseigne sur ce qu’il peut advenir d’un objet abordé de manière frontale.
Il faut souhaiter que, le 14 juin, la population se montrera plus sage qu’une partie de ses élus. D’ici là, les milieux économiques ont tout loisir de trembler et de se demander pourquoi leurs intérêts ne sont pas mieux défendus sous la Coupole.